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Les mémoires d'un âne

par P. Huteau


INDOCHINE (1)

Le voyage 
 

 

Du nord au sud, le Tonkin (Hanoï), l'Annam (Hué), la Cochinchine (Saïgon), le Cambodge (Pnom Penh) et enfin à l'Ouest sans vue sur la mer, l'enclave du Laos (Vientiane) composent une "fédération" de petits royaumes sous protectorat français à laquelle il fut donné dans les années 1860, l'appelation "indo-chine"

Le 16 août 1945, au lendemain de la capitulation japonaise, le général de Gaulle nomme Georges Thierry d’Argenlieu haut commissaire et commandant en chef en Indochine avec pour mission de veiller au départ inconditionnel des nippons, de réduire les tentatives insurrectionnelles et d'y rétablir la souveraineté française.

Maintenu sous les drapeaux après avoir effectué quelques mois d'occupation en Allemagne, le sergent P.H.  du R.I.C.M. (22 ans) est porté, en septembre 1945 "volontaire" pour l'Extrème-Orient. Dé-part par le camp de Mazargue près de Marseille.

Entré dans la guerre mondiale depuis 1941, le Japon aux idées très expansionnistes se montre de plus en plus envahissant sur le continent asiatique, menaçant particulièrement nos territoires coloniaux. Cela est d'ailleurs d'autant plus inquiétant que l'Indochine, isolée par la distance de sa métropole, n'a plus de débouchés économiques vers l'Occident. Son déclin rapide en fait donc une proie facile aux pirates de tous poils (Japonais, Chinois révolutionnaires) et l'Indochine en appelle à la France.

La question indochinoise se complique avec un rebelle local Ho-Chi-Minh, nourri de culture français qui veut l'indépendance du Tonkin. La France épuisée de cinq années de guerre y consent le 6 mars 1946 avec un concept de Fédération indochinoise et d'Union Française auxquelles Ho-Chi-Minh adhère, acceptant la continuité de la présence française, tant civile que militaire. Mais  lorsque la Cochinchine accède à son tour le 1er juin 1946 à son Indépendance dans les mêmes conditions fédératives que le Tonkin, Ho-chi-Minh qui, jusque là, avait mis en sourdine ses convictions communistes et ses ambitions personnelles de réunification de toute la péninsule indochinoise, réenclanche les coups bas de la guerilla dont sont même victimes les indochinois, sous les encouragements bien sûr de la Chine et de l'Urss. Soutenue dès le début du conflit par les Etats Unis d'Amérique, la France quant à elle renforce les contingents militaires toutes armes confondues, mutant ses soldats d'occupation en Allemagne à l'autre bout du monde, comme ce fut le cas de mon père. Au fond celui-ci ne fut idéologiquement pas contre, mais reconnait-il" nous étions trop gonflé à bloc à l'époque après ce que nous avions connu pour nous défiler". Le transfert de ces troupes françaises en Extème Orient, je note, était de la place libérée pour nos alliés américains ...

Sans attendre le recul de ces évènements, P.H., écrit à la fin de ses mémoires, vous savez ? celles d'un âne, et sans ambiguité, toute sa déception des politiques qui gèrent la France d'alors. Il est profondément déçu, malgré la récente victoire, de sa défaillance dans le problème indochinois, et de son égoïsme ne sachant rendre aux victimes, expatriées et militaires volontaires ou non, ni protection, ni honneur, ni consolation. C'est pour les populations locales pro-françaises l'abandon.

Voici à ses yeux une France mis au rang des nations responsables, de part et d'autre, de millions de sacrifiés inutiles et de millions de blessés puisqu'il y eût, après notre guerre d'Indochine, l'américano-vietnamienne et en fin inter-asiatique. Plus de trente années de conflits meurtriers à cause desquels les plaies corporelles et psychologiques ont encore, pour quelques générations, des prolongations. Ajouterais-je aussi, que l'ingérence des deux blocs Est/Ouest dans l'affaire indochinoise est également précurseur d'une autre, froide, opposant deux concepts idéologiques d'envergure, faisant fi que la victoire sur le nazisme était commune à plusieurs nations.

                                                                                                                                      par M.Dominique, fille de Pierre Huteau

 

Après la chute de "Vichy", la France se dote en septembre 1944 d'un gouvernement provisoire sous l'autorité du général de Gaulle

le 7 août 1945, le lendemain "d'Hiroshima"

"... J'ai appris ce matin par la radio que les Américains avaient utilisé contre le Japon une bombe dont la puissance explosive était donnée par désintégration de la matière..."

Le 16 août 1945, au lendemain de la capitulation japonaise, le général de Gaulle nomme Georges Thierry d’Argenlieu haut commissaire et commandant en chef en Indochine avec pour mission de veiller au départ inconditionnel des nippons, de réduire les tentatives insurrectionnelles et d'y rétablir la souveraineté française.

en Allemagne, le 8 septembre 1945

"... Décidément je ne crois plus que nous passerons l'hiver ici (Allemagne) Depuis quelques jours nous sommes réunis à tous les échelons pour écouter des conférences sur "les beautés" des campagnes coloniales.  A grand renfort de "pommade" notre colonel (le Puloch) tente de nous persuader de la nécessité de notre présence en Indochine, et je crois même qu'il s'est engagé vis à vis de ses supérieurs hiérarchiques à ce que tout son régiment soit "volontaire" pour aller se battre en Extrême-Orient..."

Le 23 septembre 45: les Français reprennent à Saïgon le contrôle des services publics aux mains des Viet Minh (tonkinois). Une centaine de Français de la cité Heyraud sont tués

5 octobre 1945 : Le général Leclerc est désigné commandant en chef du corps expéditionnaire par le Gl de Gaulle à Saïgon. Avec une division de chars légers et le renfort du futur general Massu, la Cochinchine, le Cambodge et le Laos reviennent, après le départ forcé des Japonais qui se sont infiltrés depuis le Siam, en quelques semaines, au calme. (video I.N.A. ci-dessous 7 déc 1945)

 

Embarquement de P. H. pour l'Indochine fin octobre 1945, après un transit par le camp de Mazargue à environ 15 km de Marseille (vieux port) en face des ruines de l'ancien Marseille que les allemands ont fait sauter.

 

 

 

 

 

Le paquebot Orontes assurait la ligne Angleterre-Australie faisant un crochet par l'Indochine au cap Saint Jacques. Le voyage durait trois-quatre semaines, puis nous étions transférés à Saîgon par des jonques.

 

 

 

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2007 : le passage du canal du canal de Suez

 

 

 

 

 

 

 

 

à écrire 

                                                P.H : "   ...."

 

 

    

 

 

 

 

 

Colombo (Ceylan), le 26 octobre 1945 :

"Ce matin il a plu à Colombo ! Bien sûr ce n'était pas là une averse, ni même un petit crachin tenace de Bretagne, cependant, ce matin, vers dix heures il est tombé de grosses gouttes de pluie, si éloignées les unes des autres que l'expression "passer entre les gouttes" ne semblait plus être une plaisanterie. Leur parcimonie était d'ailleurs largement compensée par leur qualité, mais l'atmosphère ne s'en est pas trouvée rafraichie, bien au contraire ! il règne moiteur indéfinissable et une température orageuse bien faite pour mettre les nerfs en pelotes ...

Voici plus de vingt quatre heures que nous sommes à Colombo et nous comptons reprendre le large que ce soir. Après Suez, les côtes désertiques de la mer rouge et surtout après quatre jours passés  entre le ciel et l'eau, Colombo nous est apparue comme un véritable oasis. La ville même est construite en hémicycle autour du port et de loin semble noyée dans la verdure. Je regarde  notamment une petite église qui ne serait pas déplacée en Touraine s'il n'y avait un cocotier aussi élevé que le clocher à la base duquel il prend racine. Ainsi au milieu des palmiers, des bananiers, et autres arbres exotiques dont j'ignore encore les noms surgissent, ici un minaret à coupole qui ressemble à l'observatoire de la Sorbonne, là un dôme argenté qui fait songer à un Panthéon du plus curieux effet.

Les habitants sont principalement de deux sortes. Les uns fort noirs, les cheveux crépus, les membres grêles et dégingandés de type nettement africain, les autres de caractères ethnologiques asiatiques, quoique de teint cuivré. Je ne sais s'il s'agit des Malabards ou des Cingalais autochtones et je ne le saurai peut être jamais. Quant au port, je dois bien vous en parler puisque c'est là que s'est passé la majeure partie de notre séjour en Ceylan.

Cest bien le havre le plus encombré que je connaisse. Nous pourrions aisément compter une trentaine de navires d'un tonnage équivalent à celui de l'Orontes. Il y en a de toutes sortes depuis le pétrolier battant pavillon grec jusqu'au porte-avions anglais en passant par un paquebot que je nommerais "le Pasteur" s'il n'était sous la bannière étoilée. Bien entendu je ne compte pas les remorqueurs, les vedettes, les chalands mazoutiers ravitailleurs et les innombrables barques de pêcheurs ou de commerçants qui animent le port d'une incessante activité. De nuit c'est vraiment un spectacle féérique que le déplacement au ras de l'eau de toutes les petites lanternes jaunes, vertes ou rouges de ces modestes embarcations sous le regard fixe des milliers de hublots illuminés des grands courriers. Du point de vue nourriture, nous avons été véritablement submergés sous une avalanche de noix de coco, bananes, pamplemousses et autres fruits dont j'en ignore la classification botanique. Je n'en ai pas moins apprécié le goût délicieux ..."

 

 

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